
Portrait d’un géant discret de la carterie
Avant d’être au cœur d’une polémique nationale, le Groupe Editor, c’est d’abord une « pépite » industrielle française née de l’intuition d’un homme : Henry Condamine. Fondé il y a plus de 50 ans, ce groupe est devenu le leader européen de la carterie, de l’emballage cadeau et de la papeterie.
Installé à Mâcon (Saône-et-Loire), Editor n’est pas un simple revendeur. C’est un fabricant intégré verticalement qui maîtrise toute la chaîne, de la création artistique dans son studio interne (le plus grand d’Europe) jusqu’à la logistique. Fier défenseur du « Produire en France », le groupe arbore le label Origine France Garantie depuis 2012. Avec ses 500 collaborateurs, il produit chaque année des millions de cartes, mariant savoir-faire traditionnel et innovations technologiques.
L’affaire : Matignon veut le « Zéro papier », Editor offre des cartes de vœux
Tout commence par un mail envoyé depuis Matignon début décembre 2025. Dans un contexte de rigueur budgétaire, le Premier ministre Sébastien Lecornu demande à ses ministres et collaborateurs de renoncer aux traditionnelles cartes de vœux papier pour l’année 2026. L’objectif ? Grappiller quelques milliers d’euros sur un budget de communication de l’État qui frôle le milliard d’euros.
La réaction ne s’est pas fait attendre. Pour Henry Condamine, cette mesure est bien plus qu’une simple économie : c’est une attaque symbolique contre un support qui crée du lien social. « La carte, c’est une marque de respect, une émotion garantie. Derrière chaque carte, il y a une chaîne de valeurs industrielle », a martelé le président d’Editor sur les plateaux de télévision.
Pour prouver que le coût n’est qu’un prétexte, Henry Condamine a fait une proposition inédite : offrir gratuitement 170 000 cartes de vœux à l’ensemble du gouvernement. Le groupe a même proposé ses modèles les plus modernes : des cartes « vidéo ». Grâce à un QR Code imprimé sur le papier, le destinataire peut découvrir un message vidéo personnalisé. Une manière pour l’imprimeur de démontrer que le papier n’est pas obsolète, mais qu’il peut être le complément idéal du numérique.
Un duel de symboles
Alors que Matignon maintient sa ligne du « tout électronique » par souci d’exemplarité budgétaire, le geste d’Editor a replacé le débat sur le terrain de la souveraineté industrielle et de la courtoisie républicaine. En refusant — pour l’instant — ce cadeau, le gouvernement s’enferme dans une posture d’économie symbolique, tandis qu’Editor s’érige en rempart contre la dématérialisation totale de nos émotions.
