Publiée ce 9 janvier 2026, une note incisive du Haut-Commissariat au Plan dresse un constat sans appel : la mode jetable n’est pas une solution à l’inflation, mais un piège économique et sanitaire. Pour contrer l’hégémonie de Shein et Temu, l’organisme propose un plan de bataille radical, allant de la taxation des colis à la création d’un « écochèque » habillement.
C’est un pavé dans la mare des géants de l’ultra fast-fashion. Alors que Shein est devenue la première enseigne de mode en France en 2024, le Haut-Commissariat au Plan (HCP) publie une note intitulée « Fast-fashion : un remède en trompe-l’œil au problème de pouvoir d’achat ».
Loin de l’image d’une mode démocratique, le rapport décrit un système prédateur qui détruit l’emploi local, creuse le déficit commercial et empoisonne littéralement le consommateur.
L’hécatombe du commerce français
Le rapport revient sur la « décommercialisation » accélérée des centres-villes. Après une année 2023 qualifiée de « noire » (disparition de Camaïeu, redressement de Naf Naf), les chiffres sont alarmants : entre 2019 et 2022, l’emploi dans l’habillement a chuté de 10,5 %. Face à cela, le déficit commercial se creuse. Le HCP utilise une image frappante : l’indice « Gaston Lagaffe ». La tenue standard du Français (jean, t-shirt, pull, sous-vêtements) pèse à elle seule plus de 1,5 milliard d’euros dans le déficit commercial de la France en 2024. Nous importons massivement ce que nous ne produisons plus.
Le mythe du « pas cher » battu en brèche
L’apport majeur de ce rapport est de déconstruire l’argument principal de la fast-fashion : la défense des petits budgets. En s’appuyant sur le « coût par port » (cost-per-wear), le HCP démontre qu’un vêtement durable est plus économique.
- Un jean de fast-fashion acheté 24 € s’use si vite qu’il revient à 3,42 € par utilisation.
- Un jean français de qualité à 149 €, porté durablement, ne coûte que 0,71 € par utilisation.
Pire, cette consommation low-cost présente des risques sanitaires graves. Des analyses citées par le rapport révèlent des taux de phtalates jusqu’à 428 fois supérieurs aux normes dans des chaussures Shein, ou des concentrations illégales de formaldéhyde et de métaux lourds dans des vêtements pour enfants.
Les 7 propositions pour inverser la tendance
Pour sortir de cette impasse, le Haut-Commissariat au Plan ne se contente pas d’un diagnostic, mais avance sept propositions concrètes pour réindustrialiser la filière et protéger les consommateurs :
1. Taxer les « petits colis » : C’est la mesure phare. Le rapport propose une redevance forfaitaire européenne de 10 à 15 euros sur chaque colis provenant de pays tiers (ciblant directement les envois de Chine), pour mettre fin à l’exonération de fait dont bénéficient ces plateformes.
2. L’Écochèque Habillement : Pour aider les ménages modestes (sous 1,5 SMIC) à acheter français, un chèque de 250 euros par an serait cofinancé par l’employeur et l’État, ciblé sur les produits durables.
3. TVA réduite sur la réparation : Pour inciter à prolonger la vie des vêtements, la TVA sur les actes de cordonnerie et de retouche passerait à 5,5 %.
4. Malus sur le synthétique : Le rapport suggère de pénaliser financièrement l’incorporation de fibres synthétiques (dérivées du pétrole) dans les vêtements via les éco-contributions.
5. Douanes vertes et sociales : La création d’un mécanisme d’ajustement aux frontières pour taxer les produits ne respectant pas les normes sociales et environnementales de l’UE.
L’analyse : Ce rapport marque un tournant doctrinal. Il ne traite plus la mode comme un sujet léger, mais comme un enjeu de souveraineté industrielle et de santé publique. À la manière d’une « taxe soda » qui avait pour but de réduire la consommation de sucre pour préserver la santé, le Plan propose de renchérir le coût de la « mal-mode » pour financer et rendre accessible une alternative saine et locale. Reste à savoir si l’Union européenne suivra ces recommandations ambitieuses.
