
C’est un séisme pour l’industrie française. Le leader mondial des arts de la table, Arc France, a été placé en redressement judiciaire ce mercredi 7 janvier 2026 par le tribunal de commerce, à sa propre demande. Symbole du « Made in France » depuis plus de deux siècles, le verrier d’Arques (Pas-de-Calais) entame une nouvelle phase cruciale pour sa survie industrielle.
Une institution française sous haute tension
Malgré un savoir-faire inégalé et une présence mondiale, l’entreprise bicentenaire est frappée de plein fouet par une conjoncture dégradée. En cause : une flambée persistante des coûts de l’énergie, une concurrence internationale accrue (notamment venue de Chine) et une baisse structurelle des ventes dans le secteur de la vaisselle.
Employant encore près de 3 600 salariés sur son site historique, Arc a vu ses effectifs divisés par trois en l’espace de 20 ans. L’État, déjà très engagé avec plus de 138 millions d’euros de prêts accordés entre 2020 et 2023, avait encore consenti un nouveau prêt de 30 millions d’euros récemment, sans toutefois parvenir à stabiliser la situation financière du groupe.
L’espoir d’une reprise familiale
La procédure de redressement judiciaire vise désormais à examiner des projets de reprise capables d’assurer la continuité de l’activité. Un projet suscite déjà une attention particulière : celui porté par Timothée Durand, membre de la famille des propriétaires historiques et petit-fils d’un ancien dirigeant de la société.
Si ce projet incarne un espoir de retour aux sources familiales, les syndicats restent en état d’alerte. Ils redoutent que la restructuration nécessaire ne s’accompagne de centaines de suppressions de postes au sein de l’usine d’Arques.
Une mobilisation générale des acteurs publics
Face à ce péril industriel, une unité de crise s’est formée. L’État, la région Hauts-de-France, le département du Pas-de-Calais et la municipalité d’Arques se disent « pleinement unis » pour accompagner les salariés et examiner la solidité des offres de reprise.
Pour les défenseurs du « Fabriqué en France », le sort d’Arc dépasse les frontières de l’audomarois. C’est l’avenir de l’un des derniers fleurons capables de produire du verre de haute qualité à grande échelle sur le territoire national qui se joue aujourd’hui.
Les marques et produits emblématiques « Made in Arques »

L’usine d’Arques, située dans le Pas-de-Calais, reste l’un des plus grands sites de production verrière au monde, bien que le groupe possède d’autres unités de fabrication (notamment en Chine, aux Émirats arabes unis et aux États-Unis).
D’après les informations industrielles liées à l’activité historique et récente du groupe, voici les principales gammes de produits encore fabriquées sur le site d’Arques :
- Luminarc (Art de la table grand public) : La majorité des verres à pied, gobelets, assiettes en verre et plats de conservation en verre (collection Keep’N) destinés au marché européen sont produits à Arques.
- Arcopal (Vaisselle en opale) : Le célèbre verre opale blanc ou décoré, connu pour sa résistance aux chocs et à la chaleur, est une spécialité historique du site d’Arques.
- Chef & Sommelier (Hôtellerie et Restauration) : Les verres de dégustation haut de gamme, souvent fabriqués en Krysta (un cristallin haute performance développé par le département R&D d’Arc), sont produits sur les lignes de précision du site français.
- Arc (Usage professionnel) : Les articles de service destinés aux bars et restaurants (pichets, chopes de bière, vaisselle empilable) constituent une part importante de la production locale.
Matériaux et spécificités techniques
L’usine d’Arques se distingue par sa maîtrise de matériaux spécifiques qui justifient le maintien de la production en France :
- Le Verre Trempé : Une technologie de traitement thermique augmentant la résistance, utilisée pour la vaisselle et les verres du quotidien.
- Le Krysta : Utilisé pour les collections haut de gamme afin d’allier finesse, sonorité et transparence.
- L’Opale : Un matériau opaque dont Arc est l’un des rares producteurs mondiaux à cette échelle.
Un appareil productif en mutation
Il est important de noter que le placement en redressement judiciaire du 7 janvier 2026 vise justement à préserver cet outil industriel unique. Le site d’Arques emploie encore environ 3 600 salariés, faisant de la pérennité de ces lignes de fabrication un enjeu majeur pour la souveraineté industrielle française dans les arts de la table.
